Retour sur les évènements du 11 novembre

Les commémorations du 11 novembre ; Un retour en images :

Un diaporama retraçant les commémorations a été réalisé. Vous pouvez le consulter en cliquant ci-dessous :

Diapo 11 novembre 2018

Les discours :

Monsieur Jacques Dalmont :

Mémorial de la Paix, Marcel PIERRE, 10 nov 2018,

  • Mme La sous-préfète, Mme Cécile ZAPLANA,
  • M le Député Joaquim PUEYO,
  • Mme le sénateur, Nathalie GOULET,
  • M. Le Président du Conseil Départemental de l’Orne, Christophe DE BALLORRE,
  • M. le Président de Flers Agglo, Yves GOASDOUE,
  • Mme Catherine MEUNIER conseillère, conseillère régionale Normandie,
  • M. le Président du comité départemental du souvenir français Colonnel DUPREZ,
  • M le Président de l’UNC  Claude LEFEVRE,
  • M. le capitaine FAYOL, commandant la communauté de brigade LFM,
  • M Pascal BACCALA, chef du centre de secours  LFM,
  • Mesdames Messieurs les membres de l’association des amis de Marcel PIERRE : Michel RAPEAU Président, Pierre DEVALLOIS, Noëlle POIRIER, Michel LOUVEL,
  • Mme Christina SHLICKER, adjointe au Maire de Neustadt am Rubenberge,
  • Mesdames Messieurs les présidents des comités de jumelage La Ferté Neustadt Jean Claude COUSIN, Marie France VILLETTE,
  • Mesdames Messieurs les élus,
  • Mesdames messieurs.

C’est avec émotion que je vous accueille, en ce centième anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918, pour inaugurer le mémorial de la paix, monument inachevé de Marcel PIERRE, sculpteur de La Ferté Macé, ancien combattant, très marqué par sa vie de poilu. Cette guerre a constitué le fil conducteur de toute son œuvre de sculpteur et de peintre.

Je laisserai M. Pierre DEVALLOIS retracer l’histoire de ce monument, et toute la genèse de sa reconstitution.  L’aspect monumental de ce mémorial, et la force d’expression de ces personnages démontrent la qualité de l’artiste. 

Il a marqué notre territoire par le nombre impressionnant de ces œuvres largement plus de cinquante sculptures dans notre bocage, mais également en Normandie, en Bretagne, dans le Maine, et même dans l’Oise.

Une de ses œuvres majeure est déjà à La Ferté place du général Leclerc, avec ses 4 scénettes : la mobilisation, exprimant la douleur de la séparation, le départ de la famille et les malheurs de l’invasion,  la bataille et la volonté de vaincre, la victoire avec l’officier au milieu de ces hommes.

Aujourd’hui c’est un monument dédié à la paix. Ce ne sont ni les poilus au combat, ni les poilus victorieux. Ce sont les poilus au moment de l’armistice. L’un sonne le clairon, les autres, par leurs attitudes et leurs expressions de visages, rappellent les conditions subies par ces combattants : la mort, les souffrances, et qui se confient au Christ crucifié.  La taille de ce monument, les personnages qui font plus de 2 mètres,  avec le mot PAX gravé en grand constitue bien un appel à la paix.

Souvent, ceux qui reviennent ne parlent pas, les descendants non plus. Le langage de Marcel PIERRE : la sculpture : langage universel : on peut s’en imprégner. Marcel PIERRE a vécu  cette tuerie de masse, il nous la donne à lire.

On appelle cette1ère guerre mondiale la grande guerre. On l’appelait pourtant, dans l’entre 2 guerre: La der des der.  On sait ce qu’il en est advenu. 

Malgré un désir profond de paix, la crise économique des années 30, et sans doute un sentiment d’humiliation des vaincus, l’Europe a replongé dans la catastrophe. 

Depuis 70 ans maintenant, nous sommes dans une histoire totalement inédite d’amitié et de coopération entre les états et les peuples, les sociétés civiles.

Le prix Nobel de la paix a été attribué à l’union européenne en 2012. Mais ce n’est jamais un acquis définitif. Il ne sert à rien de l’invoquer, il faut la construire, la reconstruire chaque jour, la consolider, la garantir. 

La force de ce monument est de nous permettre de visualiser, de ressentir le désespoir engendré par les conflits du 20ème siècle.  Nous sommes heureux d’avoir pu retrouver la sérénité dans le cadre européen, mais il reste beaucoup à faire, de par le monde.

Je remercie tous les partenaires qui ont permis de reconstituer  cette œuvre majeure de Marcel PIERRE . C’est le fruit d’une volonté politique forte. Noëlle POIRIER, 1ère adjointe de la ville de LFM, a fait le lien, avec les amis de Marcel PIERRE, les services de l’Etat, les mécènes.

Ce projet a été retenu par la mission centenaire.  Les partenaires financiers se sont mobilisés. Je peux saluer aujourd’hui, le souvenir français, AG2R la Mondiale, le club des mécènes du patrimoine, le Crédit Agricole, la fédération ornaise du tourisme de randonnée, le conseil municipal de LFM, la fabrique du patrimoine.

Cela a été également un défi de rassembler ses statues et de les restaurer dans le cadre d’un budget contraint. Je veux saluer  par conséquent les services  techniques de la ville qui ont sorti de terre et de l’oubli des statues de plus de 2 tonnes.  La ville de Bagnoles de l’Orne Normandie, et son maire Olivier PETITJEAN,  ici présent, qui nous a autorisé à ramener les 2 statues de poilus blessés qui se trouvaient dans le cimetière de Bagnoles. Je salue enfin Augustin  LAFORET qui est l’artiste de la restauration et de la mise en place de l’œuvre de Marcel PIERRE à son emplacement définitif.

Je salue également la « clique des pompiers » qui, avec Martial SEREY, se sont mobilisés nombreux, pour accompagner cette inauguration du mémorial de la paix. Ils vont d’ailleurs, nous offrir un concert à la fin de cette cérémonie.

Je salue également chaleureusement les portes drapeaux, avec plusieurs jeunes qui assurent la relève. Ils sont venus en nombreux, ce qui donne de l’ampleur à cette cérémonie inaugurale.
Au nom du conseil municipal, je vous remercie chaleureusement.

Monsieur Pierre Devallois :

Mesdames, Messieurs,

Le moment est venu d’expliquer pourquoi l’inauguration de ce monument représente un moment particulier. Je parle au nom du président de l’association LES AMIS DE MARCEL PIERRE, Monsieur Michel Rapeaud, qui ne peut être parmi nous mais que je veux saluer : pour lui c’est une grande satisfaction de voir le projet qu’il a porté parvenir à son aboutissement.

Cette association a été créée avec trois objectifs :

  • Rendre justice à Marcel Pierre parce qu’une œuvre majeure n’a pu être achevée et reconnue. Pourtant l’artiste est une figure significative à La Ferté Macé et aussi dans département de l’Orne, plusieurs communes possèdent des monuments de lui (nous voulons saluer  les représentants de certaines d’entre elles qui sont présents),
  • Achever un projet méritoire mais avorté,
  • Marquer le centenaire de la Première Guerre mondiale par un événement rare : il n’est pas si fréquent qu’un monument commémoratif vieux de 80 ans soit installé comme si c’était un nouveau !

Oui, il est nouveau ce monument : avant son installation en juillet dernier, personne ne l’avait vu assemblé, même pas son auteur !

Le Centenaire donne lieu à d’innombrables manifestations, dans lesquelles beaucoup d’entre vous se sont investis. Cette semaine en particulier est d’une densité mémorielle étonnante. A tel point que les personnalités, les musiciens de la Musique départementale, les porte-drapeaux et leurs présidents d’associations patriotiques ont dû se démultiplier,  nous sommes d’autant plus honorés de leur présence.

Par ces manifestations, le peuple français d’aujourd’hui, et spécialement les jeunes, se sont sentis unis à la « génération du feu », pas seulement les Poilus mais tous les Français et les Françaises qui ont connu la Grande Guerre. Il s’agissait de rendre hommage à cette génération mais aussi de mieux comprendre ses sentiments sur le cataclysme qu’elle a traversé. On dispose pour cela des témoignages de l’époque qui disent les choses.

Les lettres parlent, les photographies parlent, les films parlent, les listes des Morts pour la France parlent. Mais ils sont un peu jaunis, ces témoignages, ils ont leur âge.

Le monument que vous avez sous les yeux n’a pas cet âge.

Mais au fait, quel âge a-t-il ?

  • Est-il de 1938 ?

Vous savez que la commande a été faite à Marcel Pierre en 1938, il s’agissait de faire un monument pour Bagnoles-de-l’Orne, qui devait s’appeler Monument de la Victoire, comme celui que Marcel Pierre avait fait à La Ferté Macé dix ans plus tôt. Marcel Pierre a travaillé et l’œuvre était pratiquement achevée à l’été 1939. Mais cela s’est arrêté là, le monument n’a pas été installé, il a été démembré et oublié. Pendant presque trois quarts de siècle.

  • Est-il d’aujourd’hui ?

Vous savez aussi que la ville de La Ferté Macé a décidé de le sortir de cet oubli et de l’installer. La surprise et l’émotion de ceux qui ont découvert  les statues dans ce qui était le jardin de Marcel Pierre furent grandes, parce que plus personne n’y pensait, ceux qui en connaissaient l’existence les avaient oubliées ou ils croyaient qu’elles avaient disparu. Les deux statues qui avaient été posées dans le cimetière de Bagnoles-de-l’Orne, je crois que personne n’en connaissait plus l’origine, ni ne savait la raison de leur présence à cet endroit. Le temps avait fait son œuvre.

  • On ne pouvait en rester là.

Un tel monument sort de l’ordinaire. Son auteur, malgré une évidente discrétion, une modestie exagérée, n’était pas un homme ordinaire. Marcel Pierre était capable de se lancer dans des  réalisations d’envergure et il avait des choses à dire, un message à transmettre.

  • Il fallait d’abord récupérer les fragments puisque le monument était en morceaux.

La commune de Bagnoles-de-l’Orne a accepté généreusement de céder les deux statues qui étaient dans son cimetière, qu’elle en soit vivement remerciée !

Quant aux fragments du jardin de Marcel Pierre, on a eu beau bien chercher, il en manque : l’un des soldats n’a pas son bras gauche, le Christ n’a ni le gauche ni le droit – et cela ne manque pas d’intriguer -, le clairon n’a pas été retrouvé.

Il faut dire qu’on n’est pas certain que Marcel Pierre avait conservé le tout, ni même qu’il avait sculpté la totalité. La maquette par laquelle on connaît son projet de départ ne prouve pas qu’il avait suivi exactement son intention initiale et on ne sait pas exactement où il en était. Peut-être des pierres ont-elles été réutilisées ultérieurement.

  • Les Amis de Marcel Pierre ont été chargés de l’opération « sauvetage et réhabilitation ».

Un jeune restaurateur, M. Augustin Laforêt, a été retenu pour la mener. Son enthousiasme et son savoir-faire nous ont réjouis. Merci à lui !

L’association s’est tenue à trois principes :
rester fidèle à l’œuvre telle qu’elle nous est parvenue, avec son histoire ;
conserver tous les fragments retrouvés ;
respecter l’intention manifeste de l’artiste.

Le seul ajout est le clairon qui a été reconstitué ; c’était indispensable pour la lisibilité de l’œuvre. Par contre les bras du Christ n’ont pas été refaits puisqu’on ne les avait pas.

  • Le monument représente la sonnerie de l’armistice, c’est donc un témoignage sur un événement daté, le 11 novembre d’il y a cent ans.

On reconnaît aisément l’impact, sur le front, que la sonnerie a créé. Voyez comment tous les personnages sont captivés par l’instant. Le sonneur est tendu dans son geste, il s’applique à rendre la solennité du moment. Derrière lui un soldat se tient au garde-à-vous. Les deux soldats au sol tendent leur regard vers le clairon libérateur. Les deux soldats en arrière ne sont qu’ébauchés mais c’est comme s’ils émergeaient, encore engourdis, de leur abri et n’osaient croire à ce qu’ils entendent.

  • Mais ce monument est aussi révélateur d’autre chose. Il est plus qu’un simple monument commémoratif : c’est un manifeste ! 

Marcel Pierre sait de quoi il parle et il est de son temps.

On est en 1938, il a mûri ; il n’est plus celui qui a sculpté de nombreux monuments aux morts au cours des années 1920 dans lesquels on retrouvait l’esprit qui dominait dans ces années d’après-guerre, quand il convenait de vanter les courageux vainqueurs, d’illustrer la guerre, d’évoquer son prix en énergie et en sang versé, sa gloire et sa misère. Marcel Pierre savait le faire par son sens du réalisme et le lyrisme toujours très évocateur qu’il savait rendre ; on retrouve cela dans le Monument de la Victoire autour duquel vous vous êtes rassemblés tout à l’heure. Il l’avait réalisé en 1928.

Dix ans plus tard on n’en est plus là ! Désormais il est hanté par la nouvelle guerre qui s’annonce.

En cela notre artiste était au diapason du mouvement ancien combattant français, toujours partagé entre deux attitudes : entre le « ils ne sont pas morts pour rien » qui fait vanter la victoire et s’accrocher à ses fruits avec intransigeance, et le « plus jamais ça » qui aspire à débarrasser le monde de l’épreuve de la guerre.

Marcel Pierre a ici choisi résolument la seconde attitude. La guerre, il fallait la faire, on l’a faite avec courage et détermination, mais on n’aimait pas ça, c’était trop dur, il fallait que ça cesse.

Voyez comment les personnages expriment des sentiments mêlés mais finalement convergents. Le sonneur de clairon est plein d’ardeur, il met tout son cœur à sonner. Le soldat au garde-à-vous a un fin sourire, il est ému et concentré, tout en retenue. Les deux soldats au sol sont partagés entre hébétude et soulagement ; pour l’un, celui au bras en écharpe, la possibilité de survivre lui fait lever la tête avec un espoir douloureux ; pour l’autre, qui peine à soulever la bâche qui l’abrite, il est peut-être trop tard, la mort l’étreint déjà.

Et le Christ ? Marcel Pierre, parce qu’il était animé d’une foi profonde, dans ses monuments, stèles ou tableaux, a souvent associé  aux combattants la croix ou le Christ lui-même car cela renvoyait pour lui à l’idée de sacrifice. Sur le front, les soldats ont, pour beaucoup d’entre eux, recherché le réconfort dans la croyance à ce Christ compatissant ou, comme ici le Christ souffrant. La foi chrétienne affirme qu’il est promis à la résurrection, à la vie. Marcel Pierre y croyait. Ce Christ douloureux, privé de bras, un mutilé comme le conflit en a laissé tant, n’est-il pas une figure parlante du sort de l’homme ?

  • La paix, c’est le sens de ce monument.

C’est Marcel Pierre qui avait prévu d’apposer l’inscription PAX sur le socle.

C’est M. Rapeaud, le président des Amis de Marcel Pierre, qui a choisi de l’appeler Mémorial de la Paix. Cela a réuni les membres de l’association, et sans doute tous ceux qui l’ont soutenue. Ils étaient sensibles à la destinée peu banale de l’œuvre, à la personnalité attachante de son auteur, mais surtout ils étaient sensibles au message : faire partager l’appel à la paix.

  • Sauver ce monument n’est pas anodin.

Nous croyons avoir rencontré l’intérêt de la population : il suffisait de voir les regards curieux des passants lors de l’installation ; la réaction spontanée était de dire que « c’était bien de faire cela ».  Il y a eu un assentiment de nos concitoyens parce que ces statues leur « parlent ».

Il suffisait de voir l’application de tous ceux qui ont contribué à la réalisation (les entreprises, les employés municipaux, nos partenaires) tous y ont mis du cœur.

Il s’est passé « quelque chose » avec ce monument. 

Il y  a désormais à La Ferté Macé deux monuments assez exceptionnels dus au talent trop peu connu de Marcel Pierre, celui de 1928 et celui de 1938, ils montrent que l’artiste a exprimé dans sa sculpture ce qui « habitait » sa génération : le souvenir et la hantise de la guerre. Ce sont deux témoignages sur un moment clé de l’histoire de notre pays, le message d’un homme de ce temps-là.

Avec le Mémorial de la Paix, le message de Marcel Pierre peut désormais être partagé. Par- delà l’événement de l’armistice du 11 novembre 1918, il s’adresse à tous. Universel et intemporel, il dit que la paix se mérite : beaucoup ont souffert pour elle, ils veulent qu’elle soit préservée.

Pour rendre justice au sculpteur, 80 ans après son travail, Les Amis de Marcel Pierre ont reçu ;

  • Le soutien de partenaires institutionnels : la Mission du Centenaire,
  • L’appui financier de mécènes : le club des Mécènes ornais de la Fondation du Patrimoine, la Fondation d’entreprise AG2R La Mondiale pour la Vitalité artistique, la fédération ornaise pour le Tourisme de randonnée, le Crédit Agricole Normandie,
  • L’engagement d’associations patriotiques : le Souvenir Français, les associations patriotiques locales,
  • Et le soutien de particuliers dont l’aide, quelle que fut son importance, nous a été précieuse.
  • Ils ont enfin pu compter sur l’engagement de la commune de La Ferté Macé et l’appui logistique de ses services.

Que les uns et les autres soient remerciés : tous ont nourri le devoir de mémoire.

Auteur: Damien

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